LA TABLÉE

CRÉATION 26 JANVIER 2018

Une lettre envoyée par un homme à la femme qu’il aime dans laquelle il lui explique les raisons qui le poussent à se séparer d’elle. De prime abord, une situation classique de rupture amoureuse qui serait banale si la lettre n’était pas devenue testament.
Quelques temps après, elle apprend qu’il s’est immolé par le feu dans la cours d’un lycée.

Face à la perte de sens et de repères que ressentent de plus en plus les jeunes occidentaux, et qui les conduisent parfois à commettre l’irréparable au nom d’une foi factice ou d’un but éphémère, ce spectacle suivra la quête d’une jeune femme qui cherche à comprendre pourquoi l’homme qu’elle aime s’est donné la mort de la façon la plus brutale et symbolique qui soit, par le feu, alors que le reste de son monde crie à l’attentat, poussé par une société dans laquelle règne désormais la peur.
Ce spectacle coup de poing, particulièrement adapté aux adolescents et aux jeunes adultes, questionnera le spectateur sur sa propre quête et l’interrogera sur la nécessité de l’engagement, et l’urgence de trouver son propre sens dans un monde qui semble en manquer cruellement, sans se laisser embarquer dans une foi qui n’est pas la sienne.

Créé à partir d’un concept scénique et numérique (projection de mapping vidéo sur structure en 3D), ce dispositif immergera l’acteur dans un all over d’images et de sons, reflets de la sur-abondance de virtuel dans nos sociétés, accentuant sa perte de repères et son impuissance face à l’irréparable.

Malgré la dureté de ses thématiques, Mon Amour est mort emmènera le spectateur, à travers le parcours du personnage principal, dans une véritable quête initiatique.



Texte et mise en scène : Maud Galet-Lalande

Lumière / Scénographie / vidéo : Nicolas Helle

Musique : Mélanie Gerber

Distribution : Maud Galet Lalande

Production : Cie Les Heures Paniques
Coproductions : Espace Grün - Cernay
Partenaires : Conseil département de la Moselle - Ville de Metz

"Il s'était embrasé. Son corps avait été dévoré par les flammes ; sa peau si souvent caressée, ses muscles tendus sous ses mains, ses os qui soutenait son corps tellement aimé, désiré, serré. Tout en lui avait pris feu."

    "Mon Amour,

La vie est brève.

Trouve ton sens.
Pas celui qu’on t’imposera par les médias corrompus, les pages glacées des magazines pour femmes ou les cabinets feutrés des psychiatres, mais le tien.

Le sens vers lequel tu veux que ton vent souffle.
Tu es une brise, tu peux devenir Sirrocco, Blizzard ou Zéphyr selon comment tu voudras brûler, glacer, tout emporter avec toi.

Les petites brises éteignent les bougies mais les grands vents attisent les flammes.
Ce n’est pas de moi.

Mais c’est tellement vrai.
Alors souffle mon amour, souffle fort.

Moi je vais souffler avec la rage de celui qui a tout à gagner, parce qu’il n’a plus rien à perdre. »

 

[...]

 

 

Elle : "C’est par la télévision que j’ai appris sa mort. Il s’était embrasé. Son corps avait été dévoré par les flammes ; sa peau si souvent caressée, ses muscles tendus sous mes mains, ses os qui soutenait son corps tellement aimé, désiré, serré. Tout en lui avait pris feu, la peau calcinée, les muscles fondus, les os en cendre. Mon amour avait flambé par son unique volonté. Par son geste, à lui, par celui de personne d’autre, il avait provoqué sa propre fin. L’essence avait trempé ses cheveux, son visage, ses épaules, le tissus de ses vêtements. L’étincelle du briquet, en une seconde  à peine, avait lancé une autoroute de flammes sur mon amour qui avait dû mourir en quelques secondes ; mais quelques secondes d’une souffrance incommensurable, indescriptible, inimaginable. Mon amour avait souffert au delà de tout, et je n’avais même pas été là pour le sauver, pour étouffer l’incendie avec mon corps au risque peut-être d’en mourir moi-même, mais peu importe, puisqu’au risque de le garder en vie également".
 

[...]

    "Alors je me suis mise à hurler et j’ai jeté ma chaise contre le mur. Ça m’a valu huit heures supplémentaires de garde à vue mais on a fini par me relâcher au petit matin, estimant que ce que je venais de traverser expliquait la violence de mon geste et en atténuait donc la gravité.

Olivier était un terroriste.

On en avait la preuve. Ou plutôt les preuves puisqu’une série d’évidences avait été exhumée et qu’il semblait ne plus y avoir de doute possible.

Mon Amour avait voulu sacrifier des innocents au nom d’une cause dont il paraissait pourtant ignorer les fondamentaux il y a quelques semaines encore.

Je ne pouvais le croire.

Parce que mon amour. Je te connais.

Comme mes doigts se souviennent encore par coeur du tracé de tes lignes, de tes creux, de tes volumes, de tes vides et de tes pleins, ma mémoire et mon coeur savent qui tu es. Je connais tes peurs, tes joies, ce qui te remplit et ce qui t’attriste, ce qui t’élève et ce qui t’est fardeau.

Tu ne peux avoir commis cet acte dans l’attention de nuire.

Pas toi.

Réponds-moi mon amour.

… Pas toi, n’est-ce pas ?"

[...]

Elle : "Pensez-vous qu’Olivier ait-pu commettre un attentat ?

Omar : Vous le pensez, vous ?

Elle : Non.

Omar : Alors pourquoi vous me posez la question ?
 

Elle : Parce que j’ai besoin de le prouver.

Omar : Je ne le connaissais que peu, mais j’ai vu en lui un homme bon ; blessé, peut-être même écartelé, c’est vrai, mais en quête de quelque chose de meilleur. Avec beaucoup d’humanité au coeur.

Elle : Merci.

Omar : De quoi ?

Elle : De croire en lui".

[...]

Elle : "Comment n’ai-je pas pu voir qu’il avait tant changé…

Marwan : « Si l’on vient vous dire qu’une montagne a changé de place, libre à vous de le croire. Mais si l’on vous dit qu’un homme a changé de caractère, n’en croyez rien. »

Elle : Que voulez-vous dire ?

Marwan : Que la quête de votre ami a sans doute démarré bien plus tôt que vous ne l’imaginez.

Elle : Mais pourquoi m’avoir caché toutes ces choses, alors…

Marwan : « Celui qui cache son secret est maître de sa route. » Cette quête qu’il menait était à lui, et à lui seul.

Elle : Mais j’aurais pu l’aider…

Marwan : « Les hommes sont des caisses fermées dont la clé est l’épreuve. »
… Il vous a sans doute épargné bien des malheurs en gardant pour lui ses secrets. Il les a tus par amour pour vous.

Elle : Par amour pour moi ? Tout ces masques, tout ces mensonges… et… ce geste… si… épouvantable…


Marwan : « Si Dieu ne pardonnait pas, son paradis resterait vide. »
… Une nouvelle quête vient de démarrer, Camille.


Elle : Laquelle ?

Marwan : La vôtre".

[...]

Elle : "Quoi ?

Nadji : S’immoler par le feu, c’est pas un acte terroriste.

Elle : Oui, j’ai compris, mais pourquoi vous dites ça ?

Nadji : À Annaba, depuis le geste de ce jeune en Tunisie/

Elle : Mohamed Bouazizi ?

Nadji : Ouais. Depuis ce geste, y’a eu des dizaines d’immolations par le feu.

Elle : Ah bon ?!

Nadji : Ouais. Mais c’était pas des terroristes. Juste des pauvres gars délogés ou au chômage ou les deux à la fois, qui ont choisi d’en finir une bonne fois pour toute en envoyant un geste fort au gouvernement. Qui s’en fout complètement, d’ailleurs. Y’a quelques années, y’a même un groupe de mecs qui voulaient gagner les côtes espagnoles sur un radeau ; il se sont fait attraper par les gardes-côtes alors qu’ils étaient partis depuis quelques minutes à peine. Et bah ils ont aspergé leur barque d’essence, et eux avec. Hop ! Tous flambés, les mecs ! Plutôt crever que de rester ici. Et en profiter en passant pour dire à l’État qu’ici, on crève sans avoir besoin de se foutre le feu. Même si l’État s’en fout.

Elle : Je… Je ne savais pas tout ça.
Mais pourquoi commettre un acte d’une telle violence envers soi-même alors que vous me dites que l’État ne tient même pas compte de ces revendication extrêmes ?


Nadji : J’ai dit que l’État s’en fout. J’ai pas dit que le peuple s’en fout".

L'Histoire

EXTRAITS

CRÉATION 26 JANVIER 2018

Une lettre envoyée par un homme à la femme qu’il aime dans laquelle il lui explique les raisons qui le poussent à se séparer d’elle. De prime abord, une situation classique de rupture amoureuse qui serait banale si la lettre n’était pas devenue testament.
Quelques temps après, elle apprend qu’il s’est immolé par le feu dans la cours d’un lycée.

Face à la perte de sens et de repères que ressentent de plus en plus les jeunes occidentaux, et qui les conduisent parfois à commettre l’irréparable au nom d’une foi factice ou d’un but éphémère, ce spectacle suivra la quête d’une jeune femme qui cherche à comprendre pourquoi l’homme qu’elle aime s’est donné la mort de la façon la plus brutale et symbolique qui soit, par le feu, alors que le reste de son monde crie à l’attentat, poussé par une société dans laquelle règne désormais la peur.
Ce spectacle coup de poing, particulièrement adapté aux adolescents et aux jeunes adultes, questionnera le spectateur sur sa propre quête et l’interrogera sur la nécessité de l’engagement, et l’urgence de trouver son propre sens dans un monde qui semble en manquer cruellement, sans se laisser embarquer dans une foi qui n’est pas la sienne.

Créé à partir d’un concept scénique et numérique (projection de mapping vidéo sur structure en 3D), ce dispositif immergera l’acteur dans un all over d’images et de sons, reflets de la sur-abondance de virtuel dans nos sociétés, accentuant sa perte de repères et son impuissance face à l’irréparable.

Malgré la dureté de ses thématiques, Mon Amour est mort emmènera le spectateur, à travers le parcours du personnage principal, dans une véritable quête initiatique.



Texte et mise en scène : Maud Galet-Lalande

Lumière / Scénographie / vidéo : Nicolas Helle

Musique : Mélanie Gerber

Distribution : Maud Galet Lalande

Production : Cie Les Heures Paniques
Coproductions : Espace Grün - Cernay
Partenaires : Conseil département de la Moselle - Ville de Metz

"Il s'était embrasé. Son corps avait été dévoré par les flammes ; sa peau si souvent caressée, ses muscles tendus sous ses mains, ses os qui soutenait son corps tellement aimé, désiré, serré. Tout en lui avait pris feu."

    "Mon Amour,

La vie est brève.

Trouve ton sens.
Pas celui qu’on t’imposera par les médias corrompus, les pages glacées des magazines pour femmes ou les cabinets feutrés des psychiatres, mais le tien.

Le sens vers lequel tu veux que ton vent souffle.
Tu es une brise, tu peux devenir Sirrocco, Blizzard ou Zéphyr selon comment tu voudras brûler, glacer, tout emporter avec toi.

Les petites brises éteignent les bougies mais les grands vents attisent les flammes.
Ce n’est pas de moi.

Mais c’est tellement vrai.
Alors souffle mon amour, souffle fort.

Moi je vais souffler avec la rage de celui qui a tout à gagner, parce qu’il n’a plus rien à perdre. »

 

[...]

 

 

Elle : "C’est par la télévision que j’ai appris sa mort. Il s’était embrasé. Son corps avait été dévoré par les flammes ; sa peau si souvent caressée, ses muscles tendus sous mes mains, ses os qui soutenait son corps tellement aimé, désiré, serré. Tout en lui avait pris feu, la peau calcinée, les muscles fondus, les os en cendre. Mon amour avait flambé par son unique volonté. Par son geste, à lui, par celui de personne d’autre, il avait provoqué sa propre fin. L’essence avait trempé ses cheveux, son visage, ses épaules, le tissus de ses vêtements. L’étincelle du briquet, en une seconde  à peine, avait lancé une autoroute de flammes sur mon amour qui avait dû mourir en quelques secondes ; mais quelques secondes d’une souffrance incommensurable, indescriptible, inimaginable. Mon amour avait souffert au delà de tout, et je n’avais même pas été là pour le sauver, pour étouffer l’incendie avec mon corps au risque peut-être d’en mourir moi-même, mais peu importe, puisqu’au risque de le garder en vie également".
 

[...]

    "Alors je me suis mise à hurler et j’ai jeté ma chaise contre le mur. Ça m’a valu huit heures supplémentaires de garde à vue mais on a fini par me relâcher au petit matin, estimant que ce que je venais de traverser expliquait la violence de mon geste et en atténuait donc la gravité.

Olivier était un terroriste.

On en avait la preuve. Ou plutôt les preuves puisqu’une série d’évidences avait été exhumée et qu’il semblait ne plus y avoir de doute possible.

Mon Amour avait voulu sacrifier des innocents au nom d’une cause dont il paraissait pourtant ignorer les fondamentaux il y a quelques semaines encore.

Je ne pouvais le croire.

Parce que mon amour. Je te connais.

Comme mes doigts se souviennent encore par coeur du tracé de tes lignes, de tes creux, de tes volumes, de tes vides et de tes pleins, ma mémoire et mon coeur savent qui tu es. Je connais tes peurs, tes joies, ce qui te remplit et ce qui t’attriste, ce qui t’élève et ce qui t’est fardeau.

Tu ne peux avoir commis cet acte dans l’attention de nuire.

Pas toi.

Réponds-moi mon amour.

… Pas toi, n’est-ce pas ?"

[...]

Elle : "Pensez-vous qu’Olivier ait-pu commettre un attentat ?

Omar : Vous le pensez, vous ?

Elle : Non.

Omar : Alors pourquoi vous me posez la question ?
 

Elle : Parce que j’ai besoin de le prouver.

Omar : Je ne le connaissais que peu, mais j’ai vu en lui un homme bon ; blessé, peut-être même écartelé, c’est vrai, mais en quête de quelque chose de meilleur. Avec beaucoup d’humanité au coeur.

Elle : Merci.

Omar : De quoi ?

Elle : De croire en lui".

[...]

Elle : "Comment n’ai-je pas pu voir qu’il avait tant changé…

Marwan : « Si l’on vient vous dire qu’une montagne a changé de place, libre à vous de le croire. Mais si l’on vous dit qu’un homme a changé de caractère, n’en croyez rien. »

Elle : Que voulez-vous dire ?

Marwan : Que la quête de votre ami a sans doute démarré bien plus tôt que vous ne l’imaginez.

Elle : Mais pourquoi m’avoir caché toutes ces choses, alors…

Marwan : « Celui qui cache son secret est maître de sa route. » Cette quête qu’il menait était à lui, et à lui seul.

Elle : Mais j’aurais pu l’aider…

Marwan : « Les hommes sont des caisses fermées dont la clé est l’épreuve. »
… Il vous a sans doute épargné bien des malheurs en gardant pour lui ses secrets. Il les a tus par amour pour vous.

Elle : Par amour pour moi ? Tout ces masques, tout ces mensonges… et… ce geste… si… épouvantable…


Marwan : « Si Dieu ne pardonnait pas, son paradis resterait vide. »
… Une nouvelle quête vient de démarrer, Camille.


Elle : Laquelle ?

Marwan : La vôtre".

[...]

Elle : "Quoi ?

Nadji : S’immoler par le feu, c’est pas un acte terroriste.

Elle : Oui, j’ai compris, mais pourquoi vous dites ça ?

Nadji : À Annaba, depuis le geste de ce jeune en Tunisie/

Elle : Mohamed Bouazizi ?

Nadji : Ouais. Depuis ce geste, y’a eu des dizaines d’immolations par le feu.

Elle : Ah bon ?!

Nadji : Ouais. Mais c’était pas des terroristes. Juste des pauvres gars délogés ou au chômage ou les deux à la fois, qui ont choisi d’en finir une bonne fois pour toute en envoyant un geste fort au gouvernement. Qui s’en fout complètement, d’ailleurs. Y’a quelques années, y’a même un groupe de mecs qui voulaient gagner les côtes espagnoles sur un radeau ; il se sont fait attraper par les gardes-côtes alors qu’ils étaient partis depuis quelques minutes à peine. Et bah ils ont aspergé leur barque d’essence, et eux avec. Hop ! Tous flambés, les mecs ! Plutôt crever que de rester ici. Et en profiter en passant pour dire à l’État qu’ici, on crève sans avoir besoin de se foutre le feu. Même si l’État s’en fout.

Elle : Je… Je ne savais pas tout ça.
Mais pourquoi commettre un acte d’une telle violence envers soi-même alors que vous me dites que l’État ne tient même pas compte de ces revendication extrêmes ?


Nadji : J’ai dit que l’État s’en fout. J’ai pas dit que le peuple s’en fout".

L'Histoire

Mathilde veut écrire sur le Printemps Arabe. Pour cela, elle rencontre de joyeux fanfarons autour d’une table quelque part sur les bords de la Méditerranée. Sauf que selon eux, le Printemps Arabe n’a jamais eu lieu. A-t-on déjà vu un printemps en hiver ?
La Révolution ne gronde plus que dans les coeurs, et les fumigènes ont laissé la place aux vapeurs de l’alcool.
On s’essuie les yeux sur un coin de nappe en préparant la prochaine révolte qui risque fort de rester coincée sous la table.
Pourtant, le conflit gronde au dehors, et l’Européen, personnage énigmatique venu de partout et de nulle-part, invite la zizanie autour de la Tablée.
Résistera-t-elle à l’arrivée du chaos qui attend sur le pas de la porte ?


Texte : Maud Galet Lalande et Ahmed Amine ben Saad 
Traduction : Mahmoud Chalbi
Mise en scène : Maud Galet Lalande et Ahmed Amine ben Saad 

Assistés de : Sébastien Rocheron
Lumière : Nicolas Helle
Musique : Mélanie Gerber
Avec :
Fathi Akkari, Fathi Boushila, Olivier Piechaczyk ou Serge Wolf, Ali ben Saïd, Claire Toubin, Sadak Trabelsi, Najoua Zouhair.


Production : Compagnie Les Heures Paniques (Metz)

Coproduction : Les Francophonies — Des écritures à la scène — Limoges

Opéra Théâtre de Metz-Métropole

Scène conventionnée Pablo Picasso — Homécourt

Scène conventionnée Bernard-Marie Koltès — Metz

Scène conventionnée Le Nouveau Relax — Chaumont

Soutiens : Festival Passages — Metz

La Filature — Scène nationale de Mulhouse

Espace 110 — Illzach

Ministère de la Culture de Tunisie

Ministère de la Culture et de la Communication - DRAC Grand Est 

Institut français — Des Mots à la Scène

Institut français de Tunis — Villa Salaambô

Région Grand Est

Département de la Moselle

Ville de Metz

Fondation Kamel Laazar — Tunisie

La compagnie Les Heures Paniques est conventionnée avec la Région Grand Est et la Ville de Metz.
Avec la participation du Jeune Théâtre National.

Prochaines dates :

2 et 3 octobre Théâtre de l'Union - CDN de Limoges

Dans le cadre de

Les Francophonies - Des écritures à la scène

"Houssem : C’est dommage. J’aurais bien aimé aller en France, un jour. Voir la Tour Montparnasse.

Mathilde : La Tour Montparnasse ? Ça n’a pas beaucoup d’intérêt.

Houssem : Moi je la trouve belle. Elle ressemble à la Kaaba. En plus haut."

"Voilà qu’il neige à Tunis au printemps. Tandis que tout là-haut, la glace des banquises fond sous les pattes des oursons. Tout se dérègle. Dedans. Dehors. Nous avons mis le temps et la nature à l’envers."

EXTRAITS

Maamoun (à Mathilde) : Alors ? Explique-nous ? En quoi pouvons-nous t’aider ? (Aux autres :) Mathilde souhaite rencontrer des artistes tunisiens pour un projet.

 

Rim : Tu nous l’as déjà dit.

 

Wajdi (à Rim) : Oui, mais c’était avant sa douzième bière.

 

Amine (à Mathilde) : Tu es bien tombée : autour de toi, tu as  النخبة des artistes tunisiens !

 

Maamoun (traduisant) : « La quintessence ».

 

Rim : Moi, je ne suis pas artiste.

 

Wajdi : أنت حنانة مكش فنانة ...و الشء مش بعيد على بعضوا

(Oui mais tu es chiante, ce qui revient à peu-près au même.)

 

Rim : Je t’emmerde.

 

Wajdi (aux autres) : Qu’est-ce que je disais ! فنانة ! (Une vraie artiste !)

 

Amine (à Mathilde) : Et qu’est-ce qui t’amenée jusqu’ici ?

 

Rim : Tunisair.

 

Wajdi : Très drôle.

 

Mathilde : … Une photo.

 

Wajdi : Hein ?

 

Mathilde : Une photo. C’est une photo que j’ai vue lors d’une exposition à Lyon, qui m’a amenée jusqu’ici. Elle représentait trois femmes enveloppées dans un drapeau rouge et blanc, bardé d’un croissant et d’une étoile.

 

Maamoun : … Le drapeau tunisien.

 

Mathilde : Oui.  (Un temps.)

… Enfin j’ai d’abord cru que c’était le drapeau turc mais /

 

Rim : الفرانسيس الكل كبعضهم 

(Les Français sont tous les mêmes.)

 

Mathilde : C’est qu’ils se ressemblent beaucoup…

 

Amine : Qui ? Les Français ?

 

Mathilde : Hein ?

 

Wajdi : …Continue, Mathilde.

 

Mathilde : Heu… Oui. La photo m’a interpelée. Et comme son auteur était présent, il m’a expliqué le contexte.

La Révolution.

[...] Depuis que j’ai vu cette photo, quelque chose a changé en moi. Des millions de personnes qui s’engagent autour d’un but commun. Un peuple entier qui croit en la même chose. J’avais besoin de sens. J’avais besoin de ça. J’avais besoin de ça comme sujet pour m’inspirer.

(Se levant, solennelle) : Et maintenant je vais enfin écrire. Oui, je vais écrire. Je vais écrire sur le Printemps Arabe.

 

 

Tous rient. Elle ne comprend pas.

 

 

Mathilde : Mais quoi, encore ! 

 

Maamoun : Il n’y a pas eu de Printemps Arabe !

Mathilde : Première nouvelle !

 

Maamoun : Tu as déjà vu un printemps en hiver, toi ?"

[...]

Wajdi : "Ah ! Revoilà Houssem ! Notre nostalgique de Ben Machin !

Mathilde (à Houssem) : Vous regrettez l’époque d’avant la Révolution ?

 

Maamoun : Il regrette la fiscalité d’avant la Révolution !

 

Mathilde (à Houssem) : Pourquoi ?

Houssem : Parce que tout a augmenté. Tout le monde fixe le prix qu’il veut, plus rien n’est contrôlé. On paye des taxes sur tout, même sur les matières premières.

Mathilde : Oui, mais maintenant vous êtes libres, non ?

Houssem : Libres de quoi ?

Mathilde : De vous exprimer, par exemple.

Houssem : À quoi bon parler si on ne peut même pas manger."

 

[...]



Amine (à voix basse) : "C’est l’Etranger.

Mathilde : Tu le connais ?

Amine (à voix basse) : Non.

Mathilde : Comment tu sais qu’il est européen ?

Maamoun (à voix basse) : Ça se voit.

Wajdi (à voix basse) : Ça s’entend.

Rim (à voix basse) : Ça se sent.

 

Maamoun (à voix basse) : Il parle toutes les langues.

 

Rim (à voix basse) : Et aucune.

 

Maamoun (à voix basse) : Arabe, français, anglais.

 

Wajdi (à voix basse) : Allemand, italien, d’autres que nous ne connaissons pas.


Mathilde : Il vient souvent ici ?

Maamoun (à voix basse) : Parfois le soir. Toujours seul. Il ne parle à personne.

Rim (à voix basse) : À part à Houssem. Pour lui commander à boire.

[...]

 

L’Étranger (à la Tablée) : Dzień dobry !

 

Maamoun : Pardon ?

 

Rim (à Maamoun) : C’est du Polonais.

 

Wajdi (à voix basse) : Madame parle le Polonais ?

 

Rim (à voix basse) : Non, mais je sais reconnaître le Polonais.

 

Amine (à voix basse) : N’importe quoi. « Dzień dobry. » C’est du Russe : je le sais, c’est la langue des Bolcheviks.

 

L’Étranger : Madame a raison. C’est du Polonais.

 

Rim (à Amine) : Ah ! Qu’est-ce que je disais !

 

Wajdi (à Mathilde) : À mon avis, Rim a couché avec un Polonais.

 

Rim : Parce que je sais reconnaître le Polonais, ça veut dire que j’ai couché avec un Polonais ? Vous êtes vraiment misogynes. 

 

Wajdi : Et c’est reparti…

 

Rim : Pourquoi personne ne soupçonne Amine d’avoir couché avec une Russe ?

 

Amine : J’ai couché avec une Russe.

 

Rim : Bah ! Il pourrait coucher avec une table !

 

L’Étranger (à Rim) : Vous parlez un merveilleux français. Sans aucun accent. Vous avez fait vos études en France ?

 

Rim : J’ai fait mes études avec ta mère.

 

Wajdi (réprimandant) : ريم 

(Rim !)

 

Rim (désignant l’Étranger) : شبيك  ? شيحب عندي هالوشقة 

(Quoi !? Qu’est-ce qu’il me veut, celui-là ?!) 

[...]

Houssem : C’est bien, la France ?

 

Mathilde : Je ne sais pas. Je n’ai jamais vécu ailleurs.

 

Houssem : Il parait qu’on y vit mieux qu’ici. J’ai un cousin qui y est allé. Il est parti de Tataouine, dans le sud du pays, puis il a pris un bateau à Sfax.

 

Mathilde : Il se plaît en France ?

 

Houssem : Bah je sais pas. Il s’est noyé pendant la traversée.

PHOTOS

Compagnie Les Heures Paniques / Association loi 1908 / Metz

Compagnie conventionnée avec la région Grand Est et la Ville de Metz

N° SIRET : 532 058 484 00017 / Code APE: 9001Z Arts du spectacle vivant / Licence d’entrepreneur de spectacles : 2-1064966